Réflexions

Et si le coronavirus était une chance ?

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Si vous aviez demandé il y a 4 mois si la crise sanitaire connue par les Chinois concernerait l’Europe, bien des Français vous auraient ri au nez. Qui aurait sincèrement pu imaginer que nous serions aujourd’hui tous confinés chez nous avec l’unique possibilité de demander une attestation pour s’aventurer dans les lieux publics ?

L’origine de ce virus : un pangolin, espèce en voie d’extinction pour cause de braconnage, la rapidité de la propagation du Covid-19 à l’image d’un colis commandé sur Amazon qui vous vient de Chine, le mot « épidémie » qui résonne partout en écho, le confinement acté en moins de temps qu’il ne faut pour le prononcer…

C’est la catastrophe. Je ne vous apprends rien que vous ne sachiez déjà. Toutefois, au-delà du film d’horreur, peut-être que le coronavirus est la meilleure chose qui puisse nous arriver !

Un virus qui nous force à nous immobiliser

Un recentrage sur soi grâce au confinement

Tous enfermés chez nous, la productivité des entreprises est limitée, la vie sociale aussi est réduite à zéro. On se retrouve alors seul avec soi-même et avec nos proches. C’est un événement mondial qui nous oblige à nous replier sur nous. Nous sommes obligés à vivre une introspection poussée et à nous couper du monde.

La célérité avec laquelle nos vies basculent juste avec un virus nous conduit à réfléchir: est-ce que nos vies prennent le bon tournant ? Est-ce que nous avons pris les bonnes décisions ? N’est-il pas le moment de changer ?

Ces questions se posent sur le plan personnel. Nous nous redirigeons vers l’essentiel. Nous comprenons que le job auquel nous donnions nos vies ne compte pas autant, que certaines relations ne nous rendent pas heureux. Nous observons que nous négligions notre santé, nos besoins réels et les gens qui comptent vraiment pour nous. Cette parenthèse, nous ne sommes pas les seuls à la vivre. La planète, les animaux, la nature respirent à plein poumon comme jamais depuis longtemps. C’est comme si ce moment de respiration terrienne amplifiait son souffle pour toucher nos vies.

Nos vies effrénés d’avant…

Si nous ouvrons bien les yeux, on comprend qu’il en était de même avant le confinement.

Avant, c’était la course.

Se réveiller sur le coup de feu, se préparer fissa et les enfants aussi pour certains, affronter les embouteillages ou les transports en commun, ne pas compter ses heures et faire face à la pression au boulot qui nous poursuit parfois le week-end, faire les courses, régler les factures avant l’échéance, récupérer les enfants à la crèche et s’occuper d’eux, effectuer les tâches du foyer, essayer d’avoir une vie sociale « cool » avec les apéros, les dîners et sorties dans les lieux branchés, faire du shopping (de tout et n’importe quoi) pour se changer les idées, suivre l’injonction à « prendre soin de soi » en courant (encore ?) pour le sport, caler un moment pour aller à la salle, faire du yoga parce que c’est tendance, tout suivre sur les réseaux sociaux pour ne pas être largués et puis… Finir écraser par le quotidien.

L’exigence surréaliste des cases à cocher et le flirt avec le burn out nous font sentir qu’un je-ne-sais-quoi essentiel à l’existence nous échappe. Vous avez senti l’accélération ? Voire l’épuisement ? La Terre vit la même chose que nous.

Se couper du monde et se retrouver

…font écho à la destruction de la planète

Depuis les années 70, le rapport Meadows précisait que notre rythme d’utilisation des ressources de la planète ainsi que leurs quantités n’étaient pas soutenables. Nous sommes en 2020 et nous avons préféré ignorer ce qu’annonçait cette étude. Les entreprises produisent toujours autant, leurs pratiques n’ont que peu changer et les business qui adoptent une vision respectueuse de l’environnement sont une goutte d’eau dans l’océan. Les mines à ciel ouvert ont encore un bel avenir devant elles. On cherche à pomper jusqu’à la dernière goutte de pétrole, on sonde les lieux où développer l’industrie du gaz de schistes et des sables bitumineux avec plus d’ardeur. On exploite les terres rares jusqu’à la dernière once de minerai.On continue à écorcher la planète, polluer l’air avec les gaz nocifs et à effet de serre, acidifier l’océan et détruire l’habitat des autres animaux. Nous consommons toujours autant sans nous réfréner et réfléchir aux conséquences. Le résultat est sans appel : l’Amazonie brûle, l’Australie brûle et le coronavirus circule. Tout cela s’est produit en moins d’un an ! Ressentez-vous l’accélération ?

Pour la Terre tout comme pour nos vies, c’était comme si nous prenions un virage très serrée à 200 km/heure alors que sans ralentissement, la mort était assurée au tournant. Le coronavirus se présente alors comme un avertissement. A nous de ne pas en faire la répétition générale d’un plus grand drame.

Assez de temps pour constater l’ampleur des dégâts causés avant le virus

Des réflexions et des questions qui changent notre regard

Vous est-il aussi arrivé d’applaudir le personnel soignant de vos fenêtres alors que vous êtes confinés ? Les héros de la nation deviennent alors ceux qui soignent, ceux qui nourrissent, ceux qui aident et supportent, ceux qui maintiennent la salubrité publique. Mais la situation met en exergue des failles profondes dans notre société. Pourquoi cette crise sanitaire n’a pas été prise au sérieux politiquement ? Pourquoi le personnel hospitalier se retrouve avec si peu de moyens ?

Qu’adviendra-t-il du système de santé avec un personnel soignant placé contre son gré au rôle de martyr une fois mis sur les rotules ? Pourquoi est-ce si difficile de produire des masques ? Etre confiné occasionnellement à l’avenir deviendra-t-il normal ? Pourquoi certaines veulent repartir de plus belle dans la pollution et la production comme avant ?

L’événement que nous vivons n’est qu’un catalyseur de problèmes graves qui étaient là avant. L’ampleur de la situation nous force juste à voir le monde avec la lentille grossissante d’une loupe.

Sur le plan politique, il est normal de s’interroger. Est-il bien judicieux de réduire le budget consacré à la santé et de laisser les hôpitaux publics avec peu de moyens au point de mettre en danger ceux qui nous guérissent ? La course au PIB doit-elle passer avant notre santé, notre bien-être et nos vies? Etait-il acceptable de maintenir le deuxième tour des élections municipales quand le plus important était la santé des citoyens français?

Au sujet de la question économique, la plus grande préoccupation de certains bien avant la fosse de cadavres du coronavirus et de la pollution, la crise du Covid-19 nous ramène les pieds sur terre et ce dans tous les sens. Nous avons alors le temps de relire les observations du GIEC, comprendre les scenarios envisagés (très probables) pour 2040, remettre en doute la théorie du ruissellement et le dogme de la croissance et de réévaluer l’importance des métiers dans nos sociétés.

Cet asphyxie tant pour nous que pour la planète

Remettre en question un système qui tourne autour d’une vision suicidaire de  l’économie et du travail

Alain Deneault, philosophe et fin observateur du système politique et économique, retrace la naissance de notre paradigme économique. Il le dépeint comme restreint, dangereux et inefficace. En clair, absurde. Absurde car là où les physiocrates, par exemple, ne font aucune distinction entre l’économie et la nature car le premier dépend intrinsèquement de l’autre, nous héritons d’une vision économique qui écarte l’écologie alors que notre création de richesses est impossible sans le renouvellement des ressources naturelles. Notre modèle économique se présente comme rétrograde et suicidaire.

Ainsi, le scientifique Aurélien Barrau nous appelle à l’éveil en démontant la dialectique qualifiant la situation actuelle de « guerre» et nous rappelle l’impact écologique de nos activités.

Nous nous interrogeons sur l’utilité réelle des activités professionnelles auxquelles nous nous adonnons machinalement. Qui a un emploi utile ? Qui mène une activité qui améliore le monde ? Ou au moins une activité qui ne le dégrade pas ? David Graeber, anthropologue britannique, a théorisé le phénomène des « Bullshit Jobs » ou encore jobs à la con suite à une analyse de témoignages de personnes dans la vie active. Ces dernières se questionnent sur le bien fondé de leur travail. Il en résulte la définition d’un bullshit job qui suit :

“Un job à la con est une forme d’emploi rémunéré qui est totalement inutile, superflue ou néfaste que même le salarié ne parvient pas à justifier son existence.

L’anthropologue affine sa définition d’un job à la con en décrivant le fait que l’occupant d’un tel job cherche à croire aux bonnes raisons de l’existence de son job et à les faire croire aux autres alors qu’il est lui-même plutôt convaincu du contraire de cette croyance. David Graeber décrit cette situation comme étant une blessure à l’âme collective car nous sommes nombreux à connaître un vrai mal-être au travail et à avoir une soif de sens dans nos existences.

Je crois qu’il est temps que nous nous interrogions tous sur la place que nous voulons occuper dans ce monde futur à construire afin de le rendre plus vivable et appréciable pour nous-mêmes et les générations futures.

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L’après virus: le grand danger de manquer le coche

Une confrontation frontale au réel que nous ne pouvons plus éviter

Le confinement actuel nous pousse dans nos retranchements, nos doutes. Il nous confronte à nos aspirations, à notre recherche de l’essentiel. Cet enfermement et cette solitude contrainte nous obligent à regarder les choses en face. Allons-nous risquer de continuer la politique de l’autruche ? Dans ce cas, le coronavirus n’est qu’un avant goût du pire.

C’est un exemple de zoonose parmi d’autre comme la peste et le Sida et il est fort à parier que de nouveaux feront leur apparition puisque les animaux perdent leur habitat à cause de nos activités humaines. Ils se replieront sur nos zones de vie car nous empiétons et détruisons les leur. Ces contacts inévitables donneront naissance à de nouvelles maladies.

Le réchauffement des températures amènera sans doute la résurgence de virus oubliés par le dégel du permafrost. De nombreuses voix nous alertent déjà sur ces conséquences depuis des années.

L’ère de la peur a commencé…

Cela voudrait dire que nous vivrions dans un monde de crises à répétition. Cela a d’ailleurs déjà commencé. Savez-vous depuis combien de temps le terme de crise surgit dans nos esprits par le biais des médias ? Je ne saurai le dire car j’ai l’impression de l’avoir toujours entendu. Si nous ne sommes pas vigilants, nous nous risquons à être asservis par la stratégie du choc expliqué par Naomi Klein. La peur serait constante, elle risquerait d’être instrumentalisée pour que nous concédions nos libertés.

Dans un sens, cette peur ne serait pas sans fondement. La mise en danger de nos démocraties, la réduction des ressources accroissant le risque de guerres, la hausse des inégalités, le chômage de masse, les flux d’immigration accélérés ne sont pas des signes de temps de paix. C’est pourtant ce qui se profile à l’horizon. Devons-nous réellement attendre une nouvelle catastrophe pour amorcer un changement alors que les conséquences seront déjà irréversibles et encore plus dommageable pour notre survie ? Notre refuge de confort disparaîtra avec certitude si nous ne nous engageons pas pour un futur plus lumineux!

Relever la tête au lieu de l'enfouir sous terre comme une autruche

…mais c’est dans ce marasme que peut renaître l’espoir et le bonheur!

J’ai toujours été marqué par les paroles suivantes de Baudelaire, poète subversif de son époque:

Tu m’as donné de la boue et j’en ai fait de l’or. 

Dans la laideur, il y a les germes du Beau. Les ténèbres ne sont que le ferment de la lumière. Et si ce moment sombre était plus que jamais l’occasion inespérée de reprendre le pouvoir sur nos vies? D’aller dans la direction qu’on souhaitait suivre depuis longtemps? Mais attention, comme toute les fenêtres d’opportunités, elle ne durera qu’un temps.

Dans la vie, s’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est qu’il faut saisir les opportunités sous peine de ruminer les regrets et la tristesse profonde. Avec ironie, comme le dit si bien le proverbe chinois, le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans, le deuxième meilleur moment est MAINTENANT! Alors, plantons des arbres! Refusons le suicide collectif mais décidons ensemble d’aller vers une société du bonheur collectif. N’ayons pas peur du mot bonheur.

Je sais très bien que beaucoup me diront que la définition du bonheur est propre à chacun, qu’il est en chacun de nous, qu’il diffère selon les individus…Cela est vrai mais seulement en partie. Si nous nous fondons uniquement sur ces principes, la liberté et la justice relèvent exclusivement de l’individualité, nul nécessité de définir un cadre commun et universel applicable à tous. Vous trouveriez cela étrange, n’est-ce pas? Certes les modalités de la liberté et de la justice ont été façonnées culturellement et différemment d’un pays à un autre. Mais alors, comment expliquer que tant de femmes et d’hommes ont été touchés par l’universalité de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen?

Même si la construction d’un destin nouveau s’avère être un défi de la plus haute intensité, nous ne pouvons pas nier cette part d’universalité en nous. Nous ne pouvons pas nier ce que nous désirons vraiment.

Nous désirons la paix entre les hommes,

Nous désirons un air sain et respirable,

Nous désirons une eau claire et potable pour nous et tous le vivants,

Nous désirons un océan avec des fonds marins éclatants sans acide,

Nous désirons un monde sans catastrophes naturelles provoquées par nos activités,

Nous désirons un monde où nos lieux de vies ne seront pas engloutis par les eaux,

Nous désirons vivre en bonne santé,

Nous désirons contribuer au bien vivre ensemble,

Nous désirons nous rendre utiles pour construire un monde meilleur,

Nous désirons du temps pour apprendre, créer et faire grandir nos talents,

Nous désirons des forêts, des animaux non menacés,

Nous désirons du temps pour ceux que nous aimons et créer du lien avec ceux que nous ne connaissons pas encore,

Nous désirons un monde de libertés véritables pour tous les humains et animaux du monde,

Nous désirons notre Terre en VIE!

L'espoir et le bonheur sont possibles. Pour cela, décidons de planter la graine!

Les solutions sont là, la vie est encore là, nous sommes là. Le terreau est déjà présent pour le changement, oserons-nous planter la graine ?

7 commentaires

  • Marie - japprendsaetremaman.com

    Personnellement, J’ai lâché le rythme de vie effréné fin 2013 en frolant un burn out pro. Je gagne bcp moins (moitié moins je dirai) mais je me sens bcp mieux. Entre temps, j’ai travaillé à temps partiel et je ne me vois pas retourner à un job où je devrais partir de la maison à 8h pour rentrer à 19h. J’ai une enfant et j’ai décidé de la voir grandir, plus qu’une demi heure le matin et le soir en lui criant dessus pour qu’elle se dépêche. Certes, je ne suis pas proprio, n’ai pas de fringues de marques, vais rarement au resto et je cours parfois les promo mais cette liberté n’a pas prix pour moi. J”imagine que certains ne peuvent pas se le permettre, mais j’imagine aussi que bcp peuvent réduire leur cadence et goûter à une vie plus simple qu’ils trouveront peut-être même plus enrichissante. Après sont-ils prêts à accepter le regard des autres et la contrepartie financière?

    • Belle Nouvelle Vie Verte

      Merci beaucoup Marie pour ton expérience et ton avis. Comme tu le dis, tu as décidé de ce à quoi tu voulais donner la priorité dans ta vie. Nous croyons que ce moment de crise est une opportunité pour nous tous afin de redécouvrir nos priorités et nos valeurs. Le point que tu soulignes est très intéressant quant au regard des autres et à la contrepartie financière. Mickael et moi nous sommes attelés à nous questionner sur ces sujets dans notre article sur la définition de la réussite.Peut-être que ce confinement nous conduit à reconsidérer notre regard sur nous-mêmes sans pression extérieure.

  • Irene de Mon Agenda Bien Etre

    Sujet fondamental ! Merci pour cet article.Ahh que j’aime ce confinement ! Car oui il a révélé beaucoup d’incohérence…Une course à la performance ! Depuis le début du confinement, je me ressource, je mets en pratique mes princeps “bien-être” et je maigris, je suis plus zen. Pourtant je continue à travailler (en Pharmacie) et ma fille est à la maison. Donc il y a avait des choses à changer ! La graine est plantée, restera à l’entretenir !

  • Maryam

    Voici un bel article, bien détaillé et qui, je pense, est en accord avec la majorité. Ce n’est pas confortable à dire mais oui, il aura fallut ce virus pour vivre au ralenti et nous rendre compte de beaucoup de choses, sur le plan personnel mais aussi environnemental.

    • Belle Nouvelle Vie Verte

      Merci Maryam pour ton commentaire! Le mot d’inconfort est très juste. Nous croyons que cet inconfort nous conduit à ouvrir les yeux sur nos vies, notre avenir et notre grande maison commune qu’est la Terre. L’inconfort n’est peut-être que l’amorce du changement.

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